Entrevue n°4

Dites moi… (entrevue n°4)

Voici une rencontre entre vos questions et mes réponses
Celle-ci peut se renouveler au fil de nos dialogues.

Comment choisissez-vous vos modèles ?
C’est vrai que ce n’est pas très facile, du moins c’est plus difficile qu’auparavant.
Les modèles aujourd’hui veulent toutes poser pour de l’argent avant toute chose.
Peu regarde vraiment votre dessein, même celles qui disent qu’elles ne choisissent que les projets « sérieux » et intéressants. Un thème ne plaît pas forcément aux deux parties.
Avec l’arrivée d’Internet, nous aurions pu penser que ce serait plus facile, c’est vrai que le nombre d’offres de modèles est très impressionnant, c’est cela la grosse difficulté, c’est qu’il y a de tout, et vraiment beaucoup de modèles a éviter.
Je regarde dans les petites annonces les sites des modèles.
Je contacte celle qui me parait avoir un beau visage, une expression sympa. Un beau corps également, ça compte, et surtout une attitude, je ne sais comment dire, un peu originale.
Je fuis les Top-modèles genre mannequins, les mineures, les modèles qui acceptent tout, je hais la vulgarité, et la prétention. Toutes celles qui sont, ou qui se disent « super-pros » sont à bannir, comme celles qui réclament des centaines d’€uros pour une heure de pose.

Comment les rencontrez-vous ? Vous faites une séance d’essai ?
Non, j’échange quelques messages, et je leur fais part de ma proposition, en leur fournissant le maximum de détail sur ce que j’attends d’elles.

Qu’attendez-vous, justement ?
Qu’elles participent.
Qu’elles trouvent les poses les plus adaptées, les plus spontanées, à la situation.
Poser en étant nue sous un ciré n’est pas très facile non plus, et en plus en étant aspergée d’eau !
Je ne veux pas les contraindre, à poser de telle ou telle façon, la photo sera fichue.

Vous ne les rencontrez pas une fois, avant la séance, pour en parler ?
Je l’ai fait plusieurs fois, mais cela n’apporte pas grand-chose de plus.
Je pensais que cela m’aiderais à mieux choisir, il n’en a rien été, et pour le modèle, si je lui donne envie de poser c’est maintenant, demain elle peut changer d’avis.
Je préfère leur parler avant la séance, quand je vais les chercher à la gare, ou pendant les préparatifs. La photo c’est à l’instant présent, c’est pas ce que l’on pourra faire demain. L’idée de thème est bien défini, toutes les fantaisies sont permises autour, il n’y a pas besoin d’en parler des heures et des heures.
Mes sites, mes bloc-notes parlent mieux que moi.
Les photos réalisées et présentées sont la meilleure explication.
Et puis je n’ai pas à convaincre, je le redis, si un modèle trouve l’idée intéressante et qu’elle me suggère ou prend une attitude spontanée c’est gagné.

Alors justement, vous est-il arrivé de faire des flops
Bien sûr, énormément.
C’est jamais gagné d’avance.
C’est justement là ou la recherche et le choix du modèle réside.
On pense avec tel modèle que l’on va faire une bonne séance, qu’elle a plein d’idées, et finalement, c’est mou, sans vie. Parfois même des débutantes font mieux que celles qui ont de l’expérience. Sûrement en raison de la spontanéité, elles ne se posent pas de questions, elles posent comme ça leur vient.
Le plus dur c’est de « casser la glace », les premiers clichés sont rarement les meilleurs.
Mais dès que je trouve un modèle génial, j’essaye de faire plusieurs séances, et là, la complicité s’installe petit à petit. Il y a connivence entre nous.

Lors de vos séances, ne vous est-il jamais arrivé d’être arrosé ?
Oh que si! Pas souvent, mais c’est arrivé. L’arroseur arrosé. J’ai même un modèle qui voulait me photographier. Le photographe photographié.  En tenu bien sûr et  …sous la douche.

Alors ?
Je ne suis pas suffisamment photogénique. L’homme est loin, très loin d’égaler la femme sur ce sujet. Un homme en ciré sous la douche, ça craint le vulgaire. J’ai refuser bien sûr.
Je pense qu’elle se moquait de moi tout simplement, et elle avait sûrement raison.

Pourquoi ?
Parce que mon thème est navrant au possible.
Je suis l’un des rares à trouver une fille jolie en étant trempée, et de surcroit avec un ciré.
Mais c’est une fantaisie, il n’y a pas d’arrière pensée.
C’est pour s’amuser. Toutes les filles adorent jouer avec l’eau.

Comment se déroule une séance sous la douche ?
Le plus naturellement possible.
Je fais quelques clichés au sec devant un mur, ou sur un matelas recouvert de cirés, le modèle prend ses marques peu à peu.
Ensuite je procède à des poses aspergées, là le modèle commence à prendre contact avec l’eau, et ne pense plus trop aux poses, mais à l’eau qu’elle va recevoir.
La magie s’opère d’elle-même, l’eau coule, le modèle sourit ou grimace…
Puis enfin sous la douche, le modèle prend les attitudes qu’il lui convient face à l’aspersion qu’elle peut gérer elle-même (débit, chaleur, direction…)
Elles sont moins crispées qu’auparavant, et en général, elles se détendent très bien, et on le comprend aisément. Elles trouvent cela très original et très décontractant.
Donc une fois à l’aise, la magie s’opère encore, je laisse aller, je photographie.

Comment dirigez-vous les poses ?
Je n’indique que rarement la position à prendre, c’est le modèle qui fait tout, (c’est ce que je dis souvent), parfois je suggère, je donne quelques idées, la position des mains, les expressions à rechercher, mais je préfère qu’Elles décident elles mêmes. C’est aussi cela l’originalité de « Cirologie ». Les professionnels ont un objectif à atteindre, une idée derrière la tête, donc ils savent très bien ce qu’ils veulent obtenir, ils ont la précision de tout, du geste, du regard, de la lumière, des couleurs, du maquillage, rien n’est laissé au hasard.
Moi c’est complètement différent, je ne me prétends pas photographe, c’est un jeu entre les modèles et moi, un échange de regard, un instant d’éternité parfois, l’eau passe jamais deux fois de la même façon, et pas deux modèles ne prennent la même expression.
Je laisse faire, le modèle n’a pas l’occasion de s’exprimer en général, il doit faire ce que lui dit le photographe, je trouve que c’est le prendre pour un objet.
J’ai fixé un thème avec son encadrement, a partir de cela, tout est possible en matière de poses, d’expressions, d’attitudes.
C’est pas si facile, (me disent-Elles), on est pas habituée à participer, à trouver nous-mêmes les positions à prendre.
Finalement, rien n’est simple. Mais l’essentiel c’est de réaliser la fantaisie.
A suivre…