Entrevue n°3

Quel est le déclic qui vous a amené vers la photo ?
Les visages, les expressions féminines, bref les mimiques.
La situation instantanée. Une trapéziste qui saute dans le vide, une passante qui se fait éclabousser par un automobiliste.
Cela fait maintenant plus de vingt ans, c’était en 1982, je voulais photographier des visages, faire des portraits, et mon première modèle est venu habillé d’un beau ciré marron et bottée, à mon rendez-vous. J’ai tout de suite été subjugué par son charme et sa tenue. Nous avons fait des photos mais pas que du portrait, beaucoup de plain-pied, et puis il y eu d’autres séances, ou ce premier modèle m’avait proposé de faire également du nu, toujours avec le ciré.
Depuis j’ai trouvé ce thème amusant et je l’ai conservé. Il a évolué car de la première saison les modèles posaient au sec. Aujourd’hui elles sont copieusement arrosées.
Pratiquez-vous pour le plaisir, le métier, est-ce un besoin vital ?
Par passion uniquement.
Par plaisir naturellement.
J’aime regardé de belles photos plusieurs mois voire plusieurs années après.Quelle photo aimeriez-vous faire, même et surtout si elle est impossible ? Votre rêve photographique ?
Saisir le rictus de la trapéziste au moment ou elle se jette dans le vide. Ou la frayeur dans l’expression d’un modèle qui reçoit de l’eau.
Ou le plaisir, la surprise, le bonheur, mais tout cela n’est pas véritablement photographiable, chacun a son interprétation de l’image.
Ce sont des « ressentis ». Pouvons-nous photographier les sentiments ?

Quelle est « la » photo que vous n’auriez pas aimé faire, pourquoi ?
De la photo pornographique.
Une photo doit apporter une part de rêve, une idée, une pensée. Pas la vulgarité, la grossièreté, la dérision, ni l’avilissement.
La photo est faite pour embellir et non salir l’individu.

Quel genre de photo aimeriez-vous aborder, sans oser ?
L’érotisme, le sensuel, l’extraordinaire.
L’infini rapide : l’eau en mouvement, les éclaboussures.

Un petit coup de gueule ?
Je trouve que les modèles manquent de motivations et d’idées. Et qu’Elles confondent poser pour un professionnel (qui en vit) et un amateur (dont c’est uniquement un passe-temps) Les tarifs qu’Elles proposent sont souvent démesurés par rapport au « travail » réalisé.
Qui aujourd’hui gagne 100 €uros de l’heure ? Pour ma part j’en suis loin, très loin… Alors on dit « Oui mais c’est le domaine artistique… » OK pour des pros (et encore je suis pas d’accord), il faudrait instituer une grille de référence en fonction de l’expérience du modèle (débutante ou avec qualification), des poses réalisées (Portrait, Mode, Charme, Nu) et également du temps de la séance. Il existe le Chèque Emploi Service, il devrait y avoir le Chèque Emploi Artistique, afin que les particuliers amateurs qui n’ont pas d’usage à but commercial puissent dédommager les modèles de façon claire, avec une couverture sociale et une assurance tout risque.
Non! non et non à la pratique actuelle. Il faut arrêter de se prendre pour le nombril du monde! Des poses à plus de 75€/h (même entièrement nue) c’est irréaliste pour un amateur sans but lucratif, surtout s’il veut plusieurs modèles.

Il faudrait également que les photographes soient plus honnêtes et considèrent avec plus de respect les modèles photos.
Il est temps au troisième millénaire d’ôter dans les esprits l’assimilation des prestations des modèles photos à celles des Escorts-girls, call-girls et autres, qui n’ont rien a faire dans ce milieu, et a trouver un moyen HONNETE de dédommagement qui ne soit pas du travail au noir.
AIDEZ MOI A FAIRE PASSER CES MESSAGES !

Un ou une photographe aimé, détesté, pourquoi ?
Beaucoup d’amateurs font de très belles photos. Je n’ai pas d’influence, j’ai mon style.
J’aime bien Edouard Boubat dans un autre style, Sinon côté mode, charme, merveilleuses photos du Maître Newton, dont j’adore le style. Jonvelle, Bourboulon, Rougeron, Dunas, et d’autres ont rendu hommage à la Femme comme je ne saurai jamais le faire.
Dans un autre registre j’adore Doisneau, Boubat, Cartier-Bresson, Sief.
Détesté, je ne vois pas, si je n’aime pas, je ne m’y intéresse pas, donc indifférent.
Bettina Rheims, j’adore certaines photos mais d’autres sont un peu vulgaires à mon goût.

Donc en parlant photo, avez vous atteint, aujourd’hui, les buts que vous vous êtes fixé, il y a un ou deux ans ? Quels étaient-il ?
Pas vraiment, j’attends de nouvelles rencontres qui m’apportent la pose qui me permettra de l’exposer, de la publier. Je suis épicurien, et je ne suis jamais assez satisfait de moi ou de mon travail.
J’attends également de trouver une galerie d’exposition, à Lyon à Montréal, à Genève ou à Monaco qui accepte le partenariat. Ou encore l’éditeur qui voudra bien me publier à 1000exemplaires un bel album des 80 meilleurs clichés « CIROLOGIE ». Là j’ai trouvé, mais… à compte d’auteur. J’attends de gagner au Loto, pour réaliser tout cela (cpr).

Vous devez conseiller un debutant de votre domaine….. que seraient vos premiers conseils ?
Etre soi. Etre sur de soi.
Ne pas faire confiance facilement, savoir précisément ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas faire, attendre, comprendre, acquérir la confiance des autres. Oser. Réaliser ses rêves.

Que signifie pour vous les lettres S.P. ?
Sans Publicité. S’il vous Plait. Super Photogénique. Sans Problème.
Sans Prétention aussi, évidemment cela va de soit.