Entrevue


Questions-RéponsesPlusieurs personnes m’ont déjà posé plusieurs fois les mêmes questions, d’autres on voulu en savoir plus, le pourquoi du comment. Je réponds donc ici à tous. Cela peut, de plus, donner une information aux nouvelles venues.


Question: Comment cette idée de photographier des filles mouillées, vétues d’un ciré vous est-elle venue ?
Réponse: Au début en 1982, je voulais simplement montrer ces imperméables brillants de toutes les couleurs qui commencaient à disparaître de la mode. Mes premiers clichés étaient « secs ». Puis un jour, lors d’une rencontre, un modèle m’a dit: « Pourquoi ne pas nous mettre en situation. On ne porte pas un imperméable quand il fait soleil. C’est vrai ça. En général c’est quand il pleut que l’on s’habille ainsi. Pourquoi ne pas se mouiller. » Et c’est ainsi que les idées les plus farfelues sont nées
Q: Pourquoi privilégiez-vous la douche à l’extérieur naturel ?
R: Je préfère de loin les extérieurs, pour des problèmes de places et de lumière. Mais rien n’est facile, l’eau dehors n’est pas aussi « domptable » que cela. La pluie ne vient jamais au bon moment et de façon assez forte durablement. Et puis l’eau est froide. Les modèles sont difficiles. Je les comprends, remarquez. Poser à moitié nue dehors sous la flotte, je ne sais pas si je le ferais si j’étais une femme. Et puis un problème non négligeable, les curieux… Poser devant un inconnu ça va, mais devant plusieurs badauds…. c’est autre chose. Donc la solution de repli fut l’intérieur, donc la douche.

Q: En extérieur vous pouvez trouver des coins tranquilles ?
R: Pas si facile. C’est arrivé, dans un jardin privé, arrosage avec le jet d’eau. En piscine privé aussi. Mais là c’est rigolo, car on ne baigne pas avec un ciré.

Q: N’est ce pas là le charme de Cirologie ?
R:Si bien sur. C’est devenu aussi cela. Un maximum de fantaisie, de loufoquerie, de situations pas possibles. Sous la douche, c’est pareil, on ne se lave pas habillé encore moins avec un ciré

Q: Alors justement pourquoi toujours ce ciré ?
R: L’origine du thème, je vous l’ai dit, est de montrer ces imperméables qui ont aujourd’hui complètement disparus. Photographier un modèle mouillé, nue, ou vêtue d’un vêtement transparent par exemple, c’est du déjà fait et surtout beaucoup mieux que je ne le ferais. Mon thème est unique. Personne n’a jamais fait, à ma connaissance, des photos de cette façon. C’est MON originalité.

Q: Le modèle doit-il être impérativement nu, sous le ciré ?
R:Bien sûr, c’est mieux. Mais je n’impose absolument rien. Chacun est libre. Si dessous il y a un tee shirt ou autre chose, je ne veux pas le voir à l’image. Quand on parle de nudité dans cirologie, il s’agit surtout de la poitrine, car je ne photographie pas en dessous du ventre. Les clichés doivent montrer surtout l’expression du visage, les gouttes qui coulent sur le ciré mouillé.

Q: Pas d’images hard ?
R: Surtout pas. Du charme, comme on dit, quoique tous ces mots restent à définir car chacun les interprète à sa façon.

Q: C’est quoi la photo de charme pour vous ?
R: C’est un cliché charmant. Sans provocation. Gentil.

Q: Un exemple.
R: Par exemple dans mon thème: une fille qui reçoit de l’eau, le ciré ouvert montrant sa poitrine mouillée. Y’a rien de choquant pour moi. Aujourd’hui des seins on en voit partout, sur les plages, à la télé, au ciné, dans tous les magazines, ce n’est plus une image provocante de nos jours. En revanche, je ne ferais jamais poser un modèle en ciré, avec les jambes écartées. Je trouve cela laid, vulgaire et avilissant. J’ai le respect du modèle. C’est un être humain.

Q: Et si le modèle est d’accord.
R: Non, il faut cesser. Je ne fais pas cela. Ce n’est pas ça que je veux montrer. Si le modèle veut faire du porno, il y a d’autres photographes. Du reste le côté « tenue brillante » a été repris suffisamment dans les sex-shop, et autres exploitations du sexe. Cela me gène un peu, car certaines personnes assimilent le ciré à ces matières souples, fines et très brillantes qui collent au corps. Souvent de couleur noire. D’où mon rejet systématique du ciré noir. C’est pas du tout ma voie.

Q: Bon on a compris. Enfin je crois. Quand vous parlez de respect du modèle, comment cela se passe pour la publication d’une image ?
R: Alors vous avez employé le mot juste: IMAGE. Quand une photo est prise, le photographe en est le propriétaire. Le cliché lui appartient, mais pas l’image du modèle. Je suis très attentif à l’accord du modèle. Je recherche son avis sur les poses avant, et après. Je demande toujours leur accord, pour diffuser leur image. Le problème c’est que l’autorisation est limitée dans le temps. Et bien souvent quand j’ai un projet de diffusion, ou d’exposition, je recontacte mes modèles, et là…. c’est la galère. Elles ont déménagé, ou elles sont mariées, mères de famille, et ne souhaitent plus m’accorder leur confiance.

Q: C’est peut-être pas seulement une question de confiance ?
R: Non, c’est vrai, mais c’est frustrant. On est d’accord à un moment donné, puis rien ne se passe. Un jour on a une opportunité de faire quelque chose, et hop, tout tombe à l’eau (c’est le coup de le dire). Bon je pourrais passer outre, comme les autres photographes le font. Mais je recherche tant un partenariat avec le modèle, une vraie complicité, que je ne ferais jamais rien sans leur approbation. C’est pour cela qu’il ne se passe pas grand chose depuis 82 autour de Cirologie.

Q: En fait que voudriez-vous faire ?
R: Exposer par exemple, ou publier dans des magazines spécialisés tels que Chasseur d’Images, Photographes Amateurs, etc… ou faire un album photo sur ce thème, mais là ça fait un peu kitch, et puis j’ai pas un nom assez connu. Je suis Jean Aurèl, pas Helmut Newton. Les éditeurs ne sont pas ok. D’ailleurs même à compte d’auteur, je ne sais pas qui achèterait ces albums. Et puis le côté commercial, busines, marketing, m’ennuie. Moi j’aime prendre les photos, les regarder, les travailler, les montrer. Point. Je voudrais créer par exemple des cartes téléphoniques, ou des cartes postales. Mais à titre privé, en quantité limitée.

Q: Pourquoi privé, limité, vous n’arriverez à rien ainsi.
R: Je sais, tant pis. Je ME fais plaisir c’est le plus important. Je ne déçois pas mes modèles qui participent à mon thème. Je les remercie tant d’accepter mon excentricité.

Q: Tout cela à un coût….pour pas grand chose en final.
R: On peut voir ça comme ça. C’est pas un revenu que je cherche. JE NE SUIS PAS PROFESSIONNEL. Je ne vis pas de cela, ni POUR cela. Je ne suis qu’un petit Amateur. Dans amateur, il y a AMOUR, pas dans professionnel. Dans professionnel il y a revenus, argent, profits. Bien sûr cela coûte des sous. Les cirés à trouver, à confectionner, le materiel photographique, les accessoires, les pellicules, les développements.

Q: Et la rémunération des modèles ?
R: Aussi, j’essaye pour cela de donner autre chose que de l’argent. Je n’aime pas ce côté paiement. Je trouve tout a fait normal qu’un modèle demande un dédommagement, pour sa prestation, son déplacement, mais quand je vois des filles qui demandent 500Francs (76Euros)de l’heure, ou parfois plus, je me demande ou on va. Personne ne gagne autant de l’heure pour un travail si peu fatiguant. Bon d’accord on est dans le domaine artistique. Poser n’est pas un travail pénible, c’est accepter un thème une situation, dans des conditions précises. Personne n’est obligé de trouver mon thème génial. D’ailleurs j’ai plus de détracteurs que de fans.

Q: Vous ne payez pas vos modèles. Comment faites-vous pour les rémunérer?
R: C’est pas systématique. C’est du cas par cas. Je n’aime pas le mot REMUNERATION, je préfère CONTREPARTIE. Pour rémunérer, un modèle il faudrait payer également les charges sociales, ce serait vraiment être honnête et reconnaître le travail en tant que tel. Seul un professionnel peut faire cela, dans un esprit commercial. Mais les particuliers, les petits amateurs, ne peuvent que faire un cadeau, qui n’est pas obligatoirement de l’argent. Cela peut être les dons des photos, un agrandissement ou plusieurs, un service: une photo hors thème, une emploi par relation, je ne sais pas moi, il y a mille façons de remercier un modèle, autrement qu’en lui versant une pseudo rémunération. Et puis TOUS les modèles ne recherchent pas l’argent uniquement. La plupart bénévoles, reçoivent les meilleures épreuves. Pour d’autres c’est une expérience, peut-être la curiosité. D’autres reçoivent une contrepartie à des tarifs proches de ceux annoncés dans les revues amateurs (30€ à 50 €) en guise des droits d’acquisition. Moi je veux bien tout ce qu’on veut, mais mon gros problème est situé sur les autorisations.

Q: Quand vous payé un modèle son image vous appartient. Y’a plus de problème.
R: Vous croyez cela. Pas du tout. L’image de la personne reste toujours la propriété du modèle même à 1500Euros la séance. Ce qui est logique. Relisez le code civil.

Q: Dans la réalité c’est pas comme ça
R: Mais pourquoi voulez-vous que j’utilise une photographie ou l’on reconnait le modèle sans aucune difficulté, alors que ce dernier s’y oppose. C’est purement dégueulasse. Nous sommes en démocratie, dans un pays ou chacun doit respecter l’autre.

Q: Vous n’avez pas de modèles qui vous donne d’autorisations d’exploitation
R: Bien sur que si. Toutes acceptent sans difficulté. Mais c’est après, beaucoup plus tard, deux, trois, cinq, dix ans après. Leur situation à changé. Et je n’obtiens pas de réponse, ou un refus.

Q: C’est important pour vous ?
R: Oui, bien sûr, sans faire une exploitation gigantesque, pour reprendre l’exemple des cartes postales. Mais seulement pour une exposition, même sur ce site, j’ai besoin de leur avis, de leur accord.

Q: Pourquoi faites-vous cela ?
R: Pour le fun, comme on dit, uniquement pour le plaisir, pour MON plaisir.

Q: Depuis vingt ans que ce thème vous anime, vous trouvez encore de nouvelles idées, de nouveaux modèles ?
R: Les idées proviennent des modèles. A chaque fois c’est différent. Et puis les modèles sont plus mûres qu’il y a vingt ans. Moi aussi sûrement. La différence d’age s’installe. Je suis plus leur père que leur copain aujourd’hui. Les modèles sont souvent des étudiantes. Mais j’aimerais aussi en trouver de plus vieilles vers la quarantaine. Y’a encore de belles femmes à quarante ans.

Q: Pourquoi avoir choisi comme générique E.R.I.C. ?
R: C’est ciré à l’envers, du reste ERICIRE est un palindrome de ce fait.
E.R.I.C. peut signifier: Emergence Rétroactive d’Imperméables Cirés, ou bien Espace Regards Images Création. J’aime bien le premier, mais il est un peu compliqué, alors le second est plus mode.

Q: Et Cirologie ?
R: Comme ça. Histoires de cirés.

Q: Ah! une question que tout le monde veut vous poser, mais personne n’ose: Avez-vous  »couché » avec vos modèles
R: Voilà une question directe. Je pourrais vous dire OUI, vous vous direz  »Tiens, ça ne m’étonne pas. Comme tous les photographes ! ». Je pourrais vous dire NON, et là vous vous direz  »ba voyons, c’est un Saint. De toutes façons il ne le dira pas ».

Q: Alors que dites vous ?
R: Vous pensez ce que vous voulez, mais ma réponse est NON, c’est mon dernier mot.

Q: Vous ne souhaitez pas en parler.
R: Cela ne me gêne pas. L’ennui c’est que certaines personnes vont douter. Mais cela ne me dérange pas, j’ai ma conscience tranquille. On ne peut pas empêcher les gens de penser. Par contre je voudrais revenir sur votre première question, le mot  »couché » ne me plait pas. Je pense que vous vouliez parler d’avoir une relation sexuelle. C’est à cela que j’ai répondu.

Q: Oui bien sûr. Mais alors ca veut dire qu’il y a eu autre chose ?
R: Tout de suite, vous voyez  »autre chose ». Je vous réponds également NON. Je ne dis pas que je suis indifférent, mais il y a jamais eu le moindre attouchement. Et là ça n’intéresse plus personne.

Q: Si si on veut TOUT savoir.
R: Non, je veux dire que je ne suis pas de marbre, mais c’est pas mon truc de faire des avances, et les modèles que j’ai choisis, ont su rester à leur place. Donc j’en ai fait autant. Il y a un respect, en moi, qui fait que je ne fais pas ces photos pour cela. Je ne recherche pas de  »rencontres », j’ai ce qu’il me faut. Ca va. Mais je ne peux pas dire qu’un jour, je changerais. Je ne suis pas incorruptible. J’ai un talon d’Achille comme tout le monde.

Q: Si l’occasion se présente, vous ne direz pas non ?.
R: Je ne peux pas répondre à une telle question honnêtement. Je n’en sais rien.

Q: Vous avez promis de répondre à TOUTES LES QUESTIONS ?
R: J’ai répondu. Mais ce n’est pas ce que vous vouliez entendre. Vous voudriez que je vous dises que j’attends que cela. Je suis désolé, je ne veux pas vous dire cela. Je veux être sincère. Qui peut dire ce qu’il sera, ou ce qu’il fera demain. De toutes façons, en plus demain j’arrêterais sûrement de prendre des modèles en photos, car je n’ai pas assez passé de temps à les montrer, alors demain mon projet est plus d’exposer, de publier à compte d’auteur, ou dans des revues, de diffuser, bref de les faire vivre. Vous voyez mes projets sont d’un tout autre ordre, et mon but n’est pas là ou vous pensez.

Q: Combien de modèles avez vous rencontré ?
R: Depuis 82 une bonne cinquantaine en près de 80 séances. C’est dire que certaines ont posé plusieurs fois.

Q: Vous pensez arrêté quand ? Vous voulez aller jusqu’où ? Que recherchez vous ?
R: Je ne me suis rien fixé. Entre 86 et 99 j’ai arrêté, je ne pensais pas reprendre. Et puis il y a toujours de nouveaux modèles, de nouvelles têtes, en plus de celles que l’on recherche il y a celles qui découvrent le thème.
Je souhaite un large panel, le plus divers possible. Je recherche toujours de nouvelles attitudes de nouvelles idées, je crois que je cesserais quand je n’aurai plus envie, et que les idées tariront, ou que les modèles me boudent, ce qui peut aussi arriver.

Q: La différence d’âge n’est elle pas un problème ?
R: Non je ne pense pas, je cherche aussi des modèles mûres, mais c’est plus difficile après trente-cinq ans, les femmes ne posent quasiment plus. C’est dommage. C’est vrai que je vieillis et que les modèles ont toujours le même age ou presque. Cela permets de voir l’évolution des modèles, c’est très intéressant.

Q: Expliquez-nous ?
R: Disons qu’aujourd’hui, elles sont moins timides, elles rêvent moins de devenir des superstars, elles font cela par plaisir, ou pour l’argent facile. Elles savent que ce ne sera pas leur métier, même si certaines en rêvent.
Et c’est là ou je les rejoins dans cette partie burlesque de cette séance photo, c’est d’abord de prendre du plaisir, ensuite de s’amuser sans se prendre la tête et en fin de rêver. Sans le rêve nous ne sommes rien. Nous ne sommes déjà pas grand chose.

Q: Quand vous cesserez les séances, ne serez-vous pas un peu triste ?
R: Sûrement. Le jour approche. Il faut savoir arrêté. Saurais-je ? Je ne sais pas…
J’ai toujours de nouvelles idées que me soumettent les modèles. Tant que c’est ainsi et que les rencontres peuvent se réaliser, pourquoi s’en priver. Mais quand ce sera fini des poses, Cirologie ne sera pas enterré pour autant, bien au contraire, une seconde vie fera que je prendrais le temps des expositions et des publications que je ne peux pas correctement réaliser aujourd’hui faute de temps et de moyens.

Q: Vous voulez absolument laisser une trace de cette passion ?
R: Absolument, des images pour plus tard….
Laisser le sentiment que l’on savait rire, s’amuser, prendre du plaisir, même dans la dérision. Souvent des personnes qui voient mes photos me disent : « Ah celle-là elle est marrante… » et bien voilà. Je me serais marrer.
Qu’est-ce que je me serais ennuyé si je n’avais pas été là ! disait Jules Renard

Q: c’est le mot de la fin ?
R: Quelques citations:
– Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais. (Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray que j’adore)
– Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas.(Napoléon Bonaparte)
– Ce qui ne me passionne pas, m’ennuie. (Sacha Guitry)
– Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre, ce que vous entendez, ce que vous comprenez… Il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même…  » (Bernard Werber)
Cette dernière, résume bien notre entretien.

Q: Merci.